Trois basses, trois visions du groove ivoirien

Entretien réalisé par Alex Kipré pour e-burnjazz

Dans les coulisses feutrées du jazz ivoirien contemporain, trois bassistes imposent discrètement leur signature musicale et leur sensibilité artistique singulière.

Kpan Joël, Stee JayJay et Armel N’Zi incarnent trois approches distinctes d’un même instrument profondément essentiel au langage jazzistique moderne.

L’un privilégie l’harmonie subtile, l’autre la polyrythmie sophistiquée, tandis que le troisième cultive le groove et la précision sonore élégamment maîtrisée.

Pour e-burnjazz, les trois musiciens reviennent avec finesse sur leur rapport intime à la basse, à la scène et au jazz.

e-burnjazz : Préférez-vous la basse à quatre, cinq ou six cordes ?
Stee JayJay

Je reste profondément attaché à la basse quatre cordes, parce qu’elle représente l’équilibre fondamental de mon univers musical personnel.

Elle m’oblige constamment à réfléchir davantage et à rechercher l’essentiel plutôt qu’une démonstration technique inutilement envahissante musicalement.

Sa sobriété naturelle produit une sonorité directe, organique et profondément enracinée dans les fondations rythmiques du jazz contemporain actuel.

Armel N’Zi

La basse quatre cordes demeure selon moi la base absolue de l’expression musicale pour tout bassiste souhaitant construire durablement son identité.

Cependant, la cinq cordes apporte une liberté harmonique remarquable, particulièrement intéressante dans les contextes jazz modernes exigeant davantage d’exploration sonore.

Elle permet surtout d’ouvrir le spectre grave avec élégance, sans jamais compromettre la précision rythmique nécessaire au jeu collectif subtil.

Kpan Joël

Je suis définitivement un musicien de la basse cinq cordes pour sa profondeur sonore et sa polyvalence musicale extraordinairement stimulante quotidiennement.

Cette cinquième corde élargit considérablement mes possibilités harmoniques et me permet d’explorer plusieurs univers musicaux avec davantage de liberté.

Les quatre cordes conviennent magnifiquement au slap traditionnel ou au seben congolais, mais mon langage personnel préfère davantage l’espace harmonique.

e-burnjazz : Si vous deviez résumer votre jeu en trois mots ?
Kpan Joël

Sensibilité, harmonie et fluidité.

Je cherche constamment une circulation naturelle des notes afin que chaque phrase musicale respire avec élégance et cohérence émotionnelle profonde.

Armel N’Zi

Précision, groove et son.

Pour moi, ces trois dimensions constituent le socle indispensable d’un bassiste capable de servir véritablement la musique collective harmonieusement.

Stee JayJay

Asymétrique, polyrythmique et harmonique.

J’aime éviter les trajectoires attendues, notamment les toniques systématiques, afin de créer des tensions musicales plus riches harmoniquement.

e-burnjazz : La basse est-elle un instrument d’accompagnement ou un instrument soliste ?
Armel N’Zi

La basse demeure naturellement un instrument d’accompagnement, mais le jazz lui permet aussi d’exprimer une puissance soliste remarquable subtilement.

Même lorsqu’elle improvise, elle conserve toujours cette responsabilité fondamentale d’ancrage rythmique et harmonique au sein du groupe musical entier.

Kpan Joël

Je considère d’abord la basse comme un instrument d’accompagnement, même si elle possède un potentiel soliste extraordinairement riche musicalement.

Lorsqu’elle est pleinement maîtrisée, elle peut émouvoir autant qu’un saxophone ou un piano dans un contexte jazz inspiré profondément.

Stee JayJay

Je refuse personnellement les frontières trop rigides concernant les fonctions attribuées traditionnellement aux instruments dans les musiques modernes contemporaines.

La basse reste avant tout un moyen d’expression artistique libre, sans limitation imposée par des catégories théoriques parfois dépassées aujourd’hui.

e-burnjazz : Avez-vous un rituel particulier avant de monter sur scène ?
Kpan Joël

Je prends toujours un moment de prière avant chaque concert, puis je travaille discrètement mes doigtés pour rester totalement concentré.

Je déteste réviser les morceaux au dernier instant, parce que la sérénité commence toujours bien avant l’entrée sur scène véritablement.

Armel N’Zi

Je prie simplement avant chaque prestation afin de rester calme intérieurement et entièrement disponible pour la musique collective vivante partagée.

Stee JayJay

Le véritable travail se déroule pendant les répétitions ; la scène représente ensuite un espace naturel de liberté musicale pleinement assumée.

Avant d’entrer, je me recentre simplement quelques secondes, puis je laisse la musique suivre librement son propre chemin organique.

Laisser un commentaire