Yazz Ahmed, du jazz arabe psychédélique
Entre Londres et Bahreïn, traditions orientales et explorations électroniques, Yazz Ahmed façonne depuis plus d’une décennie une œuvre singulière où le jazz devient un territoire sans frontières. Trompettiste, bugliste et compositrice bahreïni-britannique, elle est revenue en février 2025 A Paradise in the Hold, un album profondément inspiré par les chants marins et les mémoires populaires de Bahreïn.
Née en 1983 à Londres d’une mère britannique et d’un père bahreïnien, Yazz Ahmed grandit entre deux cultures qui nourriront toute sa musique. Elle passe une partie de son enfance à Bahreïn avant de revenir à Londres à l’âge de neuf ans. Très tôt, elle découvre la trompette grâce à son grand-père Terry Brown, lui-même trompettiste de jazz, qui l’encourage à développer son propre langage musical.

Après des études à la Kingston University puis à la Guildhall School of Music and Drama, elle fonde rapidement son propre groupe et enregistre en 2011 Finding My Way Home, un premier album déjà marqué par son désir de faire dialoguer le jazz occidental avec les sonorités arabes.
Mais au-delà de son parcours, c’est aussi sa présence qui fascine. Yazz Ahmed incarne visuellement cette rencontre des mondes qu’elle célèbre dans sa musique. Avec ses longs cheveux foncés tombant jusqu’au nombril, souvent ondulés ou naturellement bouclés, son teint mat hérité de ses origines bahreïniennes et britanniques, ainsi que son regard sombre et profond, elle dégage une élégance presque cinématographique. Sa silhouette fine et son style artistique, mêlant sophistication contemporaine et inspirations moyen-orientales, prolongent l’univers de ses compositions.

Chez elle, l’apparence n’est jamais détachée de l’art : ses mouvements, sa manière de tenir le bugle ou la trompette, les tissus fluides qu’elle porte parfois sur scène, tout semble participer à cette musique suspendue entre mystère et spiritualité. On retrouve dans son image la même sensation que dans ses œuvres : une douceur hypnotique traversée de tensions intérieures.
Sa musique a souvent été décrite comme du « jazz arabe psychédélique ». Une définition qui prend tout son sens dans des albums majeurs comme La Saboteuse (2017), salué internationalement et élu Jazz Album of the Year par le magazine The Wire, ou Polyhymnia (2019), vaste fresque consacrée à des femmes courageuses et inspirantes comme Rosa Parks, Malala Yousafzai ou encore les Suffragettes.

Toujours en quête de nouvelles textures sonores, Yazz Ahmed développe même un bugle quart de ton lors de sa résidence au LSO Soundhub, afin d’explorer les microtonalités propres à la musique arabe et retrouver la profondeur émotionnelle des « blue notes ». Cette recherche sonore devient l’une des signatures de son univers musical.
Au fil des années, elle multiplie les collaborations prestigieuses avec Radiohead, Lee Scratch Perry, John Zorn, Nile Rodgers, Natacha Atlas ou encore Tarek Yamani. Elle participe également à l’album The King of Limbs de Radiohead et tourne avec le groupe These New Puritans.
Sa trompette flotte comme une voix venue d’ailleurs : tantôt brumeuse, tantôt lumineuse, portée par des rythmes hypnotiques et des paysages électroniques subtils.
Dans le paysage musical contemporain, Yazz Ahmed occupe désormais une place singulière : celle d’une artiste capable de transformer ses racines multiples en langage universel, et de faire du jazz un espace de mémoire, de liberté et d’imaginaire.
ALEX KIPRE





Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.