Alune Wade : la basse entre Afrique et jazz

Bassiste magnétique, compositeur inspiré et citoyen engagé, Alune Wade transforme chaque ligne de basse en voyage entre mémoire africaine, jazz et groove contemporain.

Élevé au jazz fusion des années 1990, Alune Wade est devenu bien plus qu’un simple bassiste : un bâtisseur de ponts entre les cultures. Né à Dakar le 9 juin 1978, fils d’un joueur de cor d’harmonie devenu chef de la fanfare militaire sénégalaise, il grandit dans un univers où la musique est partout — dans les cuivres, les marches, les harmonies classiques et les rythmes africains.

Très tôt, il choisit après la batterie, la basse. Un instrument qu’il considère comme une colonne vertébrale musicale, capable de dialoguer à la fois avec la batterie et le piano. À 18 ans, il rejoint le groupe de Ismaël Lô et sillonne les grandes scènes internationales pendant huit ans. Puis viennent les rencontres décisives : Youssou N’Dour, Salif Keïta, Joe Zawinul, Marcus Miller à qui il offre le choeur de “Hilife” ou encore Paco Sery, qu’il considère comme un père musical qu’il fait passer, lors des concerts, à la sanza pour un dialogue d’instruments.

Mais Alune Wade ne se contente pas d’accompagner les autres. Sa basse chante, raconte et voyage. De Paris à La Havane, de Casablanca à New York, il poursuit une quête musicale nourrie de jazz, d’afrobeat, de blues et de mémoire africaine.

Son nouvel album, New African Orleans, attendu le 2 mai, pousse encore plus loin cette exploration. Entre Lagos, Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans, il retrace les liens profonds entre l’Afrique et l’Amérique noire. L’album sonne comme une traversée transatlantique : celle des rythmes, des blessures, des chants et des héritages partis d’Afrique pour donner naissance au blues, au jazz et à l’afrobeat.

Dans des morceaux comme Boogie & Juju ou Water No Get Enemy, hommage vibrant à Fela Kuti et Tony Allen, Alune Wade fait dialoguer les continents. Fanfares militaires, groove nigérian, spiritualité noire américaine, chants d’église et rythmes africains s’y mêlent dans un même souffle.

Avec lui, la basse devient mémoire vivante. Elle porte les routes de l’exil, les pulsations de Dakar, les échos du Bayou et les battements d’un continent qui continue d’irriguer la musique du monde.

Alune Wade ne joue pas seulement du jazz. Il raconte l’Afrique en mouvement.

ALEX KIPRE

Photos : Wlad Simitch

Laisser un commentaire