Le jazz, ce genre généreux

Le jazz a cette singularité rare : il ne ferme pas les portes, il les ouvre. Depuis ses origines, ce genre musical dialogue avec les cultures, traverse les frontières et absorbe les influences sans perdre son âme. Blues, soul, funk, rythmes mandingues, musiques caribéennes ou afrobeat : le jazz accueille, transforme et réinvente. Plus qu’un style figé, il est devenu un espace de liberté où les musiciens du monde entier peuvent se rencontrer.

Un langage avant d’être une étiquette

On réduit souvent le jazz à une simple couleur musicale. Pourtant, le jazz est avant tout un langage. Une manière de penser et de construire la musique à travers :

  • l’exposition d’un thème, l’intro
  • le développement,
  • l’improvisation,
  • l’écoute collective,
  • et la liberté rythmique.
  • La Coda correspondant à la Conclusion

C’est justement cette architecture ouverte qui lui permet d’embrasser d’autres univers musicaux sans les effacer.

Quand Oumou Sangaré chante, elle reste profondément ancrée dans les traditions mandingues et wassoulou. Mais lorsqu’un musicien de jazz dialogue avec cet univers, une nouvelle passerelle musicale apparaît. Non pas pour dénaturer la musique africaine, mais pour créer une conversation entre les cultures.

Le jazz agit alors comme un trait d’union.

Le jazz africain : une musique du mouvement

Le jazz contemporain africain s’est construit dans cette circulation permanente entre les sons, les territoires et les mémoires.

La collaboration entre Richard Bona et Salif Keïta sur Kalanban Korô illustre parfaitement cette dynamique. Certains y entendent du funk, d’autres du groove afro-mandingue, d’autres encore du jazz fusion. Et c’est précisément là que réside la richesse du jazz : dans sa capacité à dialoguer avec les autres formes musicales sans chercher à les dominer.

Le jazz n’est pas une prison esthétique.
Il est un espace d’accueil.

Une musique née du métissage

Depuis ses origines afro-américaines, le jazz s’est nourri de rencontres :

  • blues,
  • gospel,
  • musiques africaines,
  • rythmes caribéens,
  • soul,
  • bossa nova,
  • funk.

L’immense Harry Belafonte lui-même construisait son œuvre entre calypso, musiques des Caraïbes et chanson populaire. C’est lui qui a ouvert les portes  de son environnement, son carnet d’adresses Richard Bona développera sa propre trajectoire internationale.

Sa légitimité artistique ne vient pas d’un jazz puriste ou fermé, mais de sa capacité à faire circuler les héritages entre l’Afrique, l’Amérique et les diasporas noires.

Le jazz comme espace de liberté

Aujourd’hui, l’industrie musicale aime classer :

  • jazz,
  • soul,
  • world music,
  • afrobeat,
  • funk.

Ces catégories répondent souvent à des besoins de programmation, de diffusion et de marché. Mais la musique réelle dépasse toujours les étiquettes.

Le jazz, lui, conserve cette force particulière : accepter le mouvement.

Accepter Richard Bona, c’est aussi accepter Manou Gallo, Adu Azney, Laurent Digbeu (c’est déjà fait pour lui) et tous ces artistes africains qui naviguent librement entre plusieurs univers sans renier leurs racines.

Les puristes (cette race qui a vomi George Benson en 1980 avec son titre “Give me the night”, “Donne moi la nuit” ou “La nuit nous appartient”) y verront -ils en ont le droit car c’est leur rôle- parfois une dilution  des genres. Pourtant, c’est peut-être exactement l’inverse : la preuve que le jazz reste vivant.

Car le jazz n’a jamais été une frontière.
Il a toujours été un passage.

ALEX KIPRE

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