Malika Zarra: “Dans le jazz, j’ai retrouvé la liberté, l’improvisation et l’âme des musiques arabes et africaines”

Entre désert marocain, grandes scènes new-yorkaises et héritage berbère, Malika Zarra trace un parcours singulier où le jazz devient un territoire de liberté. Installée à New York depuis plus de vingt ans, la chanteuse marocaine mêle improvisation, sonorités gnawa, influences africaines et émotion universelle. Dans cette interview, elle revient sur ses racines, ses inspirations et cette conviction profonde : la musique possède le pouvoir de relier les mondes et les êtres.

Vous êtes née au Maroc, avez grandi en France et vivez aujourd’hui à New York. Comment ce parcours a-t-il façonné votre identité musicale ?

Je suis née à Oulad Teïma, entre Agadir et Taroudant, dans une famille profondément marocaine. Ma mère est berbère du Haut Atlas et mon père vient de Tata. Même après notre installation à Paris, la maison est toujours restée marocaine dans l’âme, dans les traditions, dans la langue, dans la musique.

Très tôt, j’ai ressenti le besoin de me sentir partout chez moi : aussi bien dans le désert que dans une grande ville illuminée. Cette double culture, puis cette vie entre plusieurs continents, ont naturellement nourri ma musique. Aujourd’hui encore, je chante en arabe marocain, en berbère, en français et en anglais, parce que chacune de ces langues raconte une partie de moi.

Comment le jazz est-il entré dans votre vie ?

J’ai commencé par apprendre la clarinette à l’école. Mon professeur, qui était batteur de formation, m’a ouvert les portes du jazz. Il m’a donné les clés de cette musique et cela a été une révélation.

Je joue du jazz pour son immense liberté, pour l’improvisation. Quand j’ai rencontré le jazz, j’y ai retrouvé la musique arabe, la musique africaine… Cette place essentielle donnée à l’improvisation m’a immédiatement touchée. J’ai tout de suite su que c’était ce dont j’avais besoin artistiquement.

Quelles sont les artistes qui vous ont le plus inspirée ?

Mon premier grand amour jazz, c’est Ella Fitzgerald. Pour moi, elle symbolise réellement la liberté et la joie. Sa voix, son énergie, sa manière d’improviser m’ont profondément marquée.

Ensuite, j’ai beaucoup écouté Bobby McFerrin, Al Jarreau et Sarah Vaughan. Ce sont des artistes qui m’inspirent encore aujourd’hui pour leur créativité et leur liberté vocale.

Votre musique mélange plusieurs univers : jazz, soul, musiques africaines, sonorités berbères ou gnawa… Est-ce une manière de raconter votre histoire ?

Absolument. Ma musique est le reflet de tout ce que je suis. Je viens d’un univers où les frontières musicales n’existent pas vraiment. La musique berbère, le gnawa, le chaâbi, le jazz, la soul, les rythmes africains ou brésiliens cohabitent naturellement en moi.

Dans mon album Feen, j’ai justement voulu exprimer cette diversité du monde. Parce qu’au fond, la musique reste la musique. Peu importe le style ou l’origine, elle parle directement au cœur.

Vous avez chanté sur de grandes scènes internationales et collaboré avec plusieurs artistes. Que retenez-vous de ces expériences ?

Chaque rencontre artistique est un échange humain avant tout. J’aime collaborer avec des artistes qui viennent d’horizons différents, parce que cela nourrit la création et ouvre de nouvelles perspectives.

Quand on improvise ensemble, on dépasse souvent les mots, les nationalités ou les cultures. C’est cela qui me passionne dans la musique : sa capacité à relier les êtres.

Quelle place l’art occupe-t-il dans le monde actuel selon vous ?

La musique, la chanson, l’art en général sont un véritable pouvoir. Ils sont puissants. Ils sont capables de tout : de rassembler, de guérir, de faire réfléchir, d’ouvrir les consciences.

Dans un monde parfois divisé, l’art reste un espace de liberté et de dialogue. C’est pour cela qu’il est essentiel.

e-burn Jazz

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